Programmation Pluriannuelle de l’Énergie : le décret enfin publié

Édito de Bruno Daniel, Directeur Maîtrise de la Demande en énergie, Mars 2026

Le ministre de l’énergie Roland Lescure a annoncé vendredi 13 février la publication du décret relatif à la programmation pluriannuelle de l’énergie pour la période 2026-2035. La PPE « définit les priorités d’action des pouvoirs publics pour la gestion des formes d’énergie sur le territoire hexagonal continental ». Elle doit être cohérente avec les différents engagements climatiques et environnementaux de la France aux niveaux international et européen, ainsi qu’avec les autres documents de planification au niveau national. Devant permettre à la France d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, elle doit dessiner les changements structurels permettant de ne plus consommer d’énergie fossile d’ici 25 ans.

Ce décret était attendu impatiemment par les acteurs des filières Énergies Renouvelables (EnR) car il permet de débloquer enfin des appels d’offres pour les grands projets éolien et photovoltaïque. Plusieurs de leurs représentants ont donc salué cette publication, bien que les orientations du texte définitif1 marquent un net recul des EnR dans le mix énergétique – au profit du nucléaire – par rapport aux précédentes PPE.

Priorité au nucléaire

En effet la PPE 3 confirme le projet de construction de 6 nouveaux EPR2 et la mise à l’étude de 8 autres. Elle annonce également la prolongation de l’exploitation du parc existant jusqu’à 60 ans et plus. Alors que l’EPR de Flamanville est encore en rodage après un chantier qui a largement dérapé en temps et en coût, on peut s’interroger sur la pertinence d’une stratégie énergétique qui mise essentiellement sur cette filière.

Rappelons qu’à l’échelle mondiale, 95% des nouvelles capacités de production électrique proviennent du photovoltaïque et de l’éolien, dont les coûts ne cessent de baisser. La prolongation du parc existant à 60 ans est incertaine. Elle n’a pas encore été validée par l’Autorité de Sûreté Nucléaire et de Radioprotection.

Et recul sur les renouvelables

Côté renouvelables, les objectifs ont été revus à la baisse pour l’éolien terrestre, l’éolien marin et le photovoltaïque. Pour le photovoltaïque le texte indique (p.99) que « le développement du photovoltaïque ne pourra pas excéder 2,9 GW par an d’ici à 2028. » Le rythme de déploiement du photovoltaïque sera ainsi divisé par 2 par rapport à 2025 (6,1 GW supplémentaires raccordés).

Il s’agit donc clairement d’appuyer sur le frein.

Même approche pour l’éolien terrestre pour lequel le texte indique à plusieurs reprises vouloir privilégier le repowering des parcs existants. Une montée en charge de la chaleur renouvelable est programmée, en priorité via les réseaux de chaleur.

Les communautés d’énergie citoyennes sont rapidement évoquées à travers l’autoconsommation. La PPE s’engage à les soutenir par différents outils (dispositions spécifiques dans les appels d’offre ou arrêtés tarifaires bonifiés). Aucun objectif chiffré n’est cependant donné.

En chiffres, le scénario centrale de la PPE 3 : les filières non électriques, suivies des filières électriques

Programmation Pluriannuelle de l’énergie
Programmation Pluriannuelle de l’énergie

Des vœux pieux pour la Maîtrise de la Demande

Concernant la maîtrise de la demande en énergie, la PPE 3 annonce lui donner la priorité et vise une baisse de la consommation d’énergie finale de 18% d’ici 2030 et 27% pour 2035. L’objectif est louable mais peu d’éléments opérationnels sont annoncés. Le texte reconnaît que « des leviers complémentaires devront être identifiés et actionnés pour sécuriser l’atteinte des objectifs de réduction des consommations d’énergie » (p.41).

On reste dans l’attente des déclinaisons opérationnelles de cette PPE pour mesurer son impact sur le développement des EnR à l’échelle de la vallée de la Drôme et du Diois, notamment les tarifs de rachat pour les installations de petite puissance. Une clause de revoyure est prévue en 2027, ce qui autorise un débat sur la stratégie énergétique de la France pour la prochaine présidentielle. Vu les incertitudes sur le coût réel de la relance du nucléaire et l’engagement à très long terme qu’il représente, les arbitrages qui se jouent en ce moment nous engageront pour longtemps. Il serait souhaitable qu’un véritable débat politique vienne les éclairer, en toute transparence.

Sur le terrain, notre coopérative continue à avancer. Vous pourrez le lire à travers les différents articles de cette lettre d’information. Nos actions sur la baisse de la consommation d’énergie se dynamisent avec des ateliers Virage sobriété et la mise en place du fond « solidarité et économie d’énergie ». Sur la production renouvelable, la chaleur continue son développement avec l’inauguration de notre premier réseau de chaleur communal. Côté consommation d’électricité, l’harmonisation des tarifs sur l’ensemble de la vallée de la Drôme et du Diois rend encore plus accessible ces kWh renouvelables et locaux. Nous vous donnerons très prochainement des détails sur ce sujet. Accueillant toujours de nouveaux sociétaires, les compétences et la motivation sont donc bien présentes pour faire vivre la coopérative et permettre la transition énergétique de notre territoire.

DÉCOUVRER L’ENSEMBLE DE LA LETTRE D’INFOS.

1 Texte intégral ici https://www.economie.gouv.fr/files/files/2026/ppe3.pdf?v=1772447721

2réacteur pressurisé européen ou EPR (initialement European pressurized reactor, renommé Evolutionary power reactor)

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